Website review – hieroilogoi.org

Le blog “hieroilogoi”

Les Hieroi Logoi, les « Discours Sacrés », est un terme qui nous rappelle d’une part les histoires de la mythologie gréco-romaine et d’autre part les histoires trouvées dans les Évangiles et autres textes chrétiens. Fidèle à ce nom de nature dualiste, le site internet du professeur Paul Dilley le reprend et se présente comme au centre d’un réseau de nombreuses sources et recherches en lien avec l’Antiquité tardive, époque où se rencontraient justement légendes païennes et religion chrétienne. La plus grande partie des contributions sont liées aux aspects et questions religieux de l’Antiquité tardive.

Mais qui est l’initiateur de ce blog, Paul Dilley ? Paul Chandler Dilley a travaillé pendant un premier temps en tant que rédacteur à diverses publications estudiantines et locales avant de suivre des stages en tant que curateur dans des archives des bibliothèques à New York. Il semble y avoir pris goût aux manuscrits en tant que sources. Afin de pouvoir mieux les étudier il a suivi des cours de langues, au point où on peut le considérer comme un polyglotte : il maitrise le grec, le latin, le syriaque, le copte, le nubien antique, l’hébreu classique, l’arabe classique, l’arménien classique et l’iranien moyen. En langues modernes il possède des connaissances en anglais, allemand, français, arabe et égyptien. A côté de ses facilités linguistiques, Paul Dilley a suivi aussi des cours d’histoire des religions à l’université de Harvard, à la Humboldt-Universität à Berlin, à l’université de Yale et à l’École Pratique des Hautes Études à Paris. Par la suite il a enseigné à l’Université de Yale, à la Kansas State University, la Pennsylvania State University. Actuellement il donne des cours à l’université d’Iowa en tant que professeur de religion comparée et d’études classiques. Il travaille entre autres dans un groupe de travail des Digital Humanities, ce qui pourrait expliquer son intérêt particulier à tenir un blog, pratique habituellement rare parmi les professeurs d’université.

Effectivement ce site n’est pas ordinaire, du fait déjà qu’il s’agit d’un blog, créé à l’aide de WordPress, outil numérique facilitant la création de propres sites internet. Le blog est un site internet souvent personnel, entretenu d’habitude par une seule personne qui a décidé de se concentrer que sur un aspect particulier de ses intérêts. Le « bloggeur » publie régulièrement ses pensées, recherches ou encore opinions sur ce sujet précis (dans notre cas l’Antiquité tardive) dans son blog, distribuant ainsi d’un manière simple et efficace l’information dans l’Internet. Toutefois hieroilogoi.org ne se limite pas à cette simple prétention d’un blog personnel : Paul Dilley essaie d’ajouter un aspect de légitimité universitaire à son projet, notamment en accentuant la fiabilité de ses recherches et de ses sources. Par conséquent son blog ne possède pas l’entière liberté connue d’autres blogs, mais il s’inscrit dans une vision plus large et académique, notamment en se liant avec les travaux de l’université Iowa et en reprenant un style d’écriture plus universitaire, mais sans pour autant sacrifier la simplicité. La méthode rigoureuse du bloggeur, tout comme son parcours professionnel le montre déjà, dans ses propres travaux présentés aide beaucoup à différencier ce site d’autres sites moins « sérieux ».

Mais là ne réside pas la seule particularité de ce blog. Les contributions de recherche de Paul Dilley lui-même sont rares. La grande majorité de ses publications sur ce blog sont des conseils et des recensions d’autres sites internet qui proposent des sources et leurs analyses. Quelques exemples intéressants, car uniques et méconnus par le grand public sont les sites http://bumberazi.com/ (page internet qui porte son intérêt sur le site historique du même nom en Géorgie), http://www.pretres-civiques.org/ (site qui s’intéresse aux prêtres civiques romains et les rituels qu’ils effectuaient etc. Paul Dilley se présente comme un journaliste spécialisé qui cherche à rassembler un maximum de sites possédant des ressources digitalisées qu’il lui est possible. Bien entendu la majorité des sites sont en anglais et se trouvent sous l’égide de différentes universités garantissant par là leur sérieux. Pourtant bien que le site soit en anglais, Paul Dilley inclut aussi des sites provenant d’autres pays aussi longtemps qu’elles remplissent ses critères de sélection. Critères qui ne sont pas énoncés, mais le lecteur arrive rapidement à reconnaître un certain modèle : comme déjà mentionné la langue doit être en anglais, le site doit être fiable d’un point de vue universitaire et il doit présenter des sources originelles numérisées.

Un élément très louable de ce blog consiste dans cette mise en avant de sites majoritairement inconnus, mais scientifiquement très intéressants. Une grande aide au lecteur est proposée par l’outil de recherche et le système des « tags ». Chaque contribution est dotée d’attributs explicatifs (données spatio-temporelles ou encore descriptives) et le lecteur peut limiter sa recherche à ces attributs. Ce système est facile à utiliser et présente un gain de temps incroyable sans pour autant risquer de trop limiter la recherche et faire perdre au lecteur des contributions qui l’aient pu intéresser. Paul Dilley réussit ainsi à porter l’attention sur des sites moins connus, les encourageant ainsi à continuer à digitaliser leurs sources et à produire des analyses accessibles en ligne. Un grand souci de l’Internet est le fait que le succès ne passe souvent que par la visibilité d’un projet « online » : à l’aide de son blog Paul Dilley réussit à augmenter cette visibilité et à se poser comme lien direct entre intéressé et source.

Effectivement le blog ne doit pas être pris comme un blog personnel d’un chercheur qui présente et commente ses dernières trouvailles, mais plutôt comme un point d’accueil d’information qui présente aux intéressés des outils et des sites utiles pour leurs propres recherches. Comme déjà mentionné auparavant, le blog se rapproche plus d’un site journalistique nous proposant une multitude de sites qui pourraient nous intéresser et en les résumant de façon à nous faire éviter de les visiter nous-mêmes au risque de perdre notre temps sans qu’on réussisse à trouver ce qu’on recherche.

Par contre le blog connaît aussi un point faible assez critique. Il s’agit de la quantité des recensions proposées par Dilley. Comparé à d’autres bloggeurs, Dilley ne publie qu’en intervalles assez larges (environ tous les deux mois un nouveau « post »). Au début de ce projet on remarque que Dilley était beaucoup plus actif à maintenir son blog, et que dernièrement la fréquence des publications s’est beaucoup réduite au fil des années. Il suffit de comparer le nombre de contributions du début de l’existence du site (fin du printemps 2012) au nombre actuel (Depuis juin 2015 on n’a plus aucune contribution).

En conclusion on pourrait juger que ce blog présente des nombreux avantages et met à disposition aux chercheurs et lecteurs intéressés un réseau très intéressant de sites moins connus tout en garantissant un standard universitaire minimum (ou même très acceptable). La variété des sources touchant à l’Antiquité tardive est large et les catégories de recherche proposées par le site sont très utiles (le système des « tags » : cela nous fait éviter de revenir en arrière chronologiquement et de perdre du temps en recherchant spécifiquement un site précis).

Bien que Paul Dilley lui-même ne soit pas très ambitieux dans les buts de son blog, il a réussi à imposer son site comme un outil incroyablement riche et compétent pour les buts qu’il s’est fixés.

Ecrit par

Tobias GIEB

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